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Y2K CRÉATION 2027

CONCEPTION + TEXTE + MISE EN SCÈNE = Sarah Hassenforder
CONCEPTION + INTERPRÉTATION = Clothilde Houles


Esthétiques glossées et acidulées, retour des tailles basses et des joggings peau-de-pêche, figures empouvoirantes de bimbos 2.0 qui allient féminisme, lutte des classes et strass… Sur les réseaux sociaux, le début du siècle est à la fois tendance, mouvement, effet de mode, ou encore utopie perdue. Mais c’était quoi, grandir dans les années 2000, quand on est une femme, quand on est lesbienne, quand on vient d’un village de la France dite moche ? Qu’est-ce qui reste comme souvenir, qu’est-ce qui est devenu fantasme ? Y2K, c’est le cheminement d’une jeune femme qui cherche à recomposer la toile de sa mémoire, au fil des images, des sons, des moments qui remontent à la surface.


Production : Collectif SMACK
Coproduction : Théâtre Sorano — scène conventionnée (en cours)


DATES À VENIR
23 novembre 2026, 18h @Toulouse
Lecture au Théâtre Sorano dans le cadre du festival Supernova

« […] je suis un dauphin holographique en céramique des années 90 j’ai été transmis de cousine en cousine j’ai connu les chambres des enfants devenues jeunes filles entouré de magazines de posters de lecteur de cassettes puis de CDs de plaids en fausse fourrure électriques de peluches Diddl de journaux intimes cadenassés et strassés de lunettes de soleil à montures vives de joggings en peau de pêche des gloss à paillettes Sephora de Nike Blazer puis Air Force puis Aix Max 95 de fous-rires au téléphone de parents qui gueulent parce que c’est pas gratuit d’appeler les copines de beaucoup de rose vif de rouge cerise de métallisé d’irisé d’incandescent j’ai connu les Skyblogs MSN et Tumblr j’ai connu la sororité maladroite le girls club les amies qui consolent à coup de glace à la fraise et de chocolat au lait les amies qui apprennent l’une à mettre le mascara l’autre le tampon j’ai connu les boites à musique Tokyo Hotel gagnées au McDo j’ai connu la voix de Lorie celle de Britney Spears celle d’Eminem j’ai connu les nuits d’insomnie sur OhMyDollz et sur Habbo j’ai connu les premières sneakers taille 43 qui font tâche sur la moquette violette l’odeur de garçon qui se dépose sur les draps fleuris les langues râpeuses et les appareils dentaires venus remplacer les sucettes Vidal et leurs langues bleuies la honte des doudous de l’enfance des baby tees qui font bébé des sourcils meurtris à la pince à épiler des bandes de cire entre les jambes du push-up Undiz mal rembourré j’ai connu le regret des mots sortis trop vite et les larmes le soir sur le plaid en moumoute le malaise de la course à qui sera la plus belle c’est-à-dire la plus sexy c’est-à-dire la plus baisable la guerre insidieuse contre celles qui semblent mieux s’en sortir et je ne suis qu’un dauphin holographique en céramique des années 90 qui n’a jamais connu que le dessus de la commode et le carton dans lequel on m’a jeté je n’ai pas connu les semelles qui crissent sur le chemin de terre ni le froid du banc en pierre ni l’attente du bus qui ne vient pas ni le choix décisif de la place dans le bus enfin arrivé ni les regards qui brûlent la peau ni les cris stridents de celles sur qui les regards glissent sans brûler celles qui au fond du bus font la démonstration de leur aisance celles qui ne luttent pas contre les boutons chaque jour naissants ni contre les poils toujours trop présents ni contre les bagues qui charcutent les joues je ne sais pas ce qu’elle pense celle qui m’a reçu en héritage de ces filles au fond du bus qu’elle voudrait rejoindre peut-être si elle aimait mieux son ventre ou son sourire ou si elle avait le courage d’aller plus loin que le centre du bus celui où s’assoient les entre-deux comme elle les invisibles les anecdotiques les oubliables je sais qu’elle a peur d’être oubliée parce que pas assez belle c’est-à-dire assez comme il faut c’est-à-dire comme celles qui plaisent aux garçons et chez qui les baskets taille 43 reviennent et restent celles qui tombent amoureuses pour de vrai comme dans ce film qu’elle regarde en boucle […] »

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